Œnotourisme

Route des vins d'Alsace : itinéraire complet de Marlenheim à Thann

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Route des vins d'Alsace : itinéraire complet de Marlenheim à Thann

La route des vins d’Alsace relie Marlenheim à Thann sur 170 km à travers 73 communes viticoles. Créée en 1953, c’est la plus ancienne route des vins de France. L’itinéraire traverse les 51 grands crus alsaciens, longe les contreforts des Vosges et dessert des villages à colombages classés parmi les plus beaux du pays. Comptez trois à cinq jours pour en profiter sans précipitation.

Marlenheim – Obernai : le nord du vignoble

Marlenheim, kilomètre zéro

Marlenheim marque le point de départ officiel. Ce bourg de 4 000 habitants produit l’un des rares rouges alsaciens réputés, issu du Pinot Noir. Le domaine Mosbach, sur la rue principale, propose des dégustations gratuites toute l’année.

La route file vers le sud en suivant la D422. Les vignes apparaissent dès la sortie du village, plantées sur des coteaux orientés sud-est. Cette exposition garantit un ensoleillement maximal et protège les raisins des vents d’ouest bloqués par les Vosges, Colmar enregistre à peine 607 mm de précipitations annuelles, l’une des villes les plus sèches de France.

Molsheim et Rosheim

Molsheim vaut un arrêt pour la Metzig, ancien bâtiment de la corporation des bouchers (1583), et pour ses Rieslings minéraux cultivés sur le grand cru Bruderthal. Rosheim, 5 km plus loin, conserve l’église Saints-Pierre-et-Paul, joyau roman du XIIe siècle. Les deux villages se visitent en une matinée.

Obernai, première étape majeure

Obernai attire 2 millions de visiteurs par an. La place du Marché, encadrée de maisons à colombages des XVe et XVIe siècles, concentre restaurants et winstubs. Le Kapellturm (beffroi de 59 mètres) domine la vieille ville.

Côté vin, les coteaux autour d’Obernai produisent du Gewurztraminer et du Pinot Gris sur des sols argilo-calcaires. Le domaine Seilly, installé depuis 1674, fait partie des adresses historiques.

Où dormir ? Les gîtes et maisons d’hôtes autour d’Obernai affichent des tarifs entre 80 et 140 € la nuit pour deux personnes, petit-déjeuner inclus.

Barr – Ribeauvillé : le cœur du vignoble

Barr et le grand cru Kirchberg

Barr ouvre la section la plus dense en grands crus. Le Kirchberg de Barr (71 hectares, exposition sud) donne des Gewurztraminers puissants aux notes de litchi et d’épices. La foire aux vins de Barr, chaque juillet, rassemble plus de 30 vignerons indépendants.

Le château de Barr (XVIIe siècle) héberge aujourd’hui la mairie. Sa cour intérieure accueille des concerts en été.

Andlau et ses trois grands crus

Andlau détient un record : trois grands crus sur une seule commune (Kastelberg, Wiebelsberg, Moenchberg). Le Kastelberg, planté exclusivement en Riesling sur un sol schisteux, produit des vins tendus, presque salins. Le domaine Marc Kreydenweiss, converti en biodynamie depuis 1989, figure parmi les références.

L’abbaye d’Andlau (fondée en 880) mérite un détour. La frise romane sculptée sur le portail représente des scènes de chasse et des créatures fantastiques, rare pour la région.

Dambach-la-Ville

Plus grande commune viticole d’Alsace avec 450 hectares de vignes, Dambach-la-Ville conserve ses trois portes fortifiées médiévales. Le grand cru Frankstein (granit) donne des Rieslings élégants, aux arômes d’agrumes et de pierre à fusil. Autour du village, les éléments d’architecture défensive rappellent l’histoire mouvementée de la plaine d’Alsace.

Bergheim et Ribeauvillé

Bergheim a conservé son enceinte fortifiée du XIVe siècle presque intacte, fait rare en Alsace. Le grand cru Altenberg de Bergheim (35 hectares, sol marno-calcaire) produit des vins de garde exceptionnels. Marcel Deiss, domaine phare du village, assemble plusieurs cépages sur une même parcelle, une approche atypique qui divise les puristes mais séduit la critique internationale.

Ribeauvillé, 3 km au sud, s’étire au pied de trois châteaux forts perchés sur les Vosges. La Grand’Rue, bordée de maisons peintes, concentre les adresses de dégustation. La fête des Ménétriers, le premier dimanche de septembre, perpétue une tradition attestée depuis 1390. Le Clos du Zahnacker et le grand cru Geisberg (Riesling, sol marno-gréseux) comptent parmi les cuvées les plus recherchées du vignoble.

Riquewihr – Colmar : la vitrine touristique

Riquewihr, village carte postale

Riquewihr figure dans la liste des « Plus Beaux Villages de France ». Ses maisons à colombages des XVIe et XVIIe siècles, ses enseignes en fer forgé et ses cours intérieures fleuries attirent 2 millions de visiteurs par an. Le revers ? Des rues bondées entre 10 h et 16 h en haute saison.

Stratégie : arrivez avant 9 h ou après 17 h. Le Dolder (tour-porte de 1291) se visite le matin sans file d’attente. Le grand cru Schoenenbourg (sol marneux gypsifère) domine le village. Ses Rieslings de garde figurent régulièrement dans les sélections des meilleurs vins blancs au monde.

Le domaine Hugel, fondé en 1639, reste l’ambassadeur historique du village. Leur cuvée « Grossi Laüe » est produite uniquement les grandes années.

Kaysersberg, coup de cœur alsacien

Élu « Village préféré des Français » en 2017, Kaysersberg cumule patrimoine médiéval et vignoble d’exception. Le pont fortifié du XVe siècle, le château en ruine surplombant la Weiss et l’église Sainte-Croix (retable en bois sculpté de 1518) composent un ensemble cohérent.

Le grand cru Schlossberg (80 hectares, sol granitique), premier grand cru classé en Alsace (1975), produit des Rieslings ciselés, vifs et persistants. Le domaine Weinbach, géré par la famille Faller dans l’ancien enclos des Capucins, fait partie de l’élite viticole alsacienne.

Colmar, capitale du vignoble

Colmar concentre à elle seule une journée complète. La Petite Venise, le quartier des Tanneurs, le musée Unterlinden (retable d’Issenheim de Grünewald, chef-d’œuvre du XVIe siècle) et la maison Pfister (1537) composent un parcours dense.

Le marché couvert, ouvert du jeudi au samedi, propose des produits du terroir alsacien : munster fermier, kougelhopf, charcuteries fumées, eaux-de-vie. Les winstubs de la vieille ville servent une choucroute accompagnée de Riesling ou de Sylvaner, accord classique qui fonctionne à chaque fois.

Colmar accueille aussi la Foire aux vins d’Alsace, chaque année en août. Dix jours, 300 exposants, 200 000 visiteurs : l’événement œnotouristique majeur de la région.

Pour approfondir les bases de l’analyse sensorielle avant de visiter les domaines, consultez notre guide d’initiation à la dégustation.

Eguisheim – Guebwiller : le sud profond

Eguisheim, berceau du vignoble

Eguisheim revendique le titre de berceau du vignoble alsacien. Le village, construit en cercles concentriques autour du château des comtes, possède deux grands crus (Eichberg et Pfersigberg). Le Gewurztraminer d’Eguisheim, riche et épicé, accompagne le foie gras et le munster.

La coopérative Wolfberger, fondée en 1902, vinifie les raisins de 450 vignerons. Sa gamme couvre l’ensemble des cépages alsaciens, avec un rapport qualité-prix correct pour une production de volume.

Rouffach et Guebwiller

Rouffach, ancien fief épiscopal, abrite l’église Notre-Dame-de-l’Assomption (grès jaune, XIIe-XIIIe siècle) et le grand cru Vorbourg. Les sols calcaires donnent des Pinots Gris opulents.

Guebwiller ferme la partie sud avec quatre grands crus : Kessler, Kitterlé, Saering et Spiegel. Le domaine Schlumberger exploite 140 hectares, dont 70 en grand cru, sur des pentes atteignant 60 % d’inclinaison. Tout est vendangé à la main. Le Kitterlé, exposé plein sud sur des grès volcaniques, produit des Rieslings denses et fumés.

Thann : le point final

Thann clôt la route des vins avec le grand cru Rangen, le plus méridional et le plus escarpé d’Alsace. Ses 22 hectares de sols volcaniques (tufs et grauwackes), inclinés à 45°, exigent un travail exclusivement manuel. Le domaine Zind-Humbrecht y produit des Pinots Gris et des Rieslings d’une concentration hors norme, régulièrement notés au-dessus de 95/100 par la critique.

La collégiale Saint-Thiébaut (XIVe-XVe siècle) possède un portail sculpté remarquable et un tympan retraçant la vie de la Vierge. L’Œil de la Sorcière, ruine castrale au-dessus de la ville, offre un panorama sur la plaine d’Alsace jusqu’à la Forêt-Noire.

Les sept cépages alsaciens : repères pour la dégustation

Cépage% du vignobleProfil aromatiqueAccord type
Riesling23 %Agrumes, pierre à fusil, pétrole (vieux millésimes)Choucroute, poissons
Gewurztraminer20 %Litchi, rose, épicesFoie gras, munster
Pinot Blanc21 %Pomme, fleurs blanchesTarte flambée, asperges
Pinot Gris15 %Fruits jaunes, miel, fuméeGibier, volaille
Muscat2 %Raisin frais, fleur de sureauApéritif, asperges
Sylvaner5 %Floral, léger, vifFruits de mer, charcuterie
Pinot Noir10 %Cerise, framboiseViandes rouges, baeckeoffe

L’Alsace est la seule région française où le nom du cépage figure systématiquement sur l’étiquette. Cette lisibilité facilite le choix, surtout pour les néophytes. Une séance de dégustation structurée aide à identifier ces profils aromatiques.

Conseils pratiques pour organiser l’itinéraire

Quand partir ?

  • Mars-avril : floraison des arbres fruitiers, vignes encore au repos, peu de touristes
  • Mai-juin : vignes en fleur, températures douces (18-24 °C), saison idéale
  • Septembre-octobre : vendanges, couleurs automnales, fêtes du vin dans chaque village
  • Décembre : marchés de Noël (Strasbourg, Colmar, Kaysersberg, Eguisheim), foule garantie mais ambiance unique

Budget moyen pour deux personnes (3 jours)

PosteFourchette
Hébergement (2 nuits)180 – 320 €
Repas (winstubs, restaurants)150 – 280 €
Dégustations (5-6 domaines)0 – 60 € (souvent gratuites)
Visites et musées30 – 50 €
Carburant (170 km)20 – 30 €
Total380 – 740 €

Plusieurs domaines viticoles proposent des chambres d’hôtes directement au cœur de l’exploitation. Dormir chez le vigneron change la perspective : le petit-déjeuner face aux vignes, la visite de cave en peignoir. Pour ceux qui rêvent d’un cadre historique, certains châteaux proposent l’hébergement dans la région.

Se déplacer

La voiture reste le moyen le plus souple. La route serpente entre les villages sans grands axes, avec un stationnement facile hors saison. Le vélo électrique constitue une alternative crédible sur les tronçons plats (Bergheim – Riquewihr – Kaysersberg : 15 km, terrain doux). Plusieurs loueurs à Colmar proposent des VAE à 35-45 € la journée.

Le TER Strasbourg – Colmar – Mulhouse dessert les villes principales. Depuis la gare de Colmar, un réseau de bus relie Eguisheim, Kaysersberg et Riquewihr.

Étiquette en cave

La plupart des domaines alsaciens accueillent sans rendez-vous. Quelques règles non écrites : goûter au minimum trois vins, poser des questions sur le terroir, acheter au moins une bouteille si la dégustation est gratuite. Les vignerons indépendants vivent de la vente directe, cette courtoisie entretient la relation.

Sur la route, la Bourgogne offre une expérience complémentaire. La route des vins de Bourgogne suit une logique similaire, centrée sur le Pinot Noir et le Chardonnay plutôt que sur les cépages alsaciens.

Trois étapes hors des sentiers battus

Mittelbergheim : classé « Plus Beaux Villages de France », ce village discret produit le grand cru Zotzenberg, le seul grand cru autorisé pour le Sylvaner. Ambiance calme, zéro boutique à touristes.

Nothalten : le Muenchberg (sol volcanique, grès de Villé) donne des Rieslings tendus et minéraux. Le domaine Ostertag, en biodynamie, y signe des cuvées recherchées par les cavistes parisiens.

Westhalten : au sud de Rouffach, ce village viticole de 1 000 habitants abrite les grands crus Zinnkoepflé et Vorbourg. Le vignoble grimpe à 420 mètres d’altitude, parmi les plus hauts d’Alsace.

Ces trois arrêts ajoutent une demi-journée à l’itinéraire et offrent un contraste bienvenu avec les villages très fréquentés du centre.

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